Le potentiel de la géothermie est immense, et pourtant encore sous-exploité en France. Cette source de chaleur locale, stable et disponible en continu offre des perspectives solides pour produire du chauffage et de l’électricité à moindre coût ! De la géothermie de surface à la géothermie profonde, découvrez les principes techniques, les technologies mobilisées et leurs intérêts respectifs.
La géothermie s’inscrit pleinement dans les objectifs de réduction des consommations énergétiques fixés par la réglementation française, notamment pour les bâtiments tertiaires.
La géothermie : exploiter la chaleur naturelle de la Terre
Au centre de la Terre, la température dépasse 5 500 °C. Cette chaleur provient de la désintégration d’éléments radioactifs naturels contenus dans les roches profondes, complétée par les apports solaires stockés dans les couches superficielles du sol.
Bien entendu, il n’est pas nécessaire de forer à plusieurs milliers de kilomètres pour en bénéficier. Dès les premiers mètres, le sous-sol présente une température stable, hors gel, indépendante des conditions climatiques extérieures. Cette stabilité thermique explique les performances des systèmes géothermiques, de type pompe à chaleur (PAC). Elle permet de produire du chauffage, du rafraîchissement et, selon la profondeur, de l’électricité.
Pourquoi la géothermie s’impose-t-elle comme une solution d’avenir ?
Hausse des prix de l’énergie, tensions géopolitiques, cadre réglementaire plus strict… le contexte énergétique actuel impose une transformation profonde des modes de production de chaleur et d’électricité. Dans ce paysage en mutation, la géothermie apporte des réponses concrètes !
C’est une source d’énergie stable et renouvelable qui offre d’importants gisement d’économies d’énergies et de décarbonation mais la rentabilité de la solution doit-être étudié en fonction de la localisation par rapport à de l’aérothermie.
Grégory, ingénieur efficacité énergétique
Une énergie locale, issue du sous-solLa chaleur géothermique extraite sur site alimente des bâtiments et des installations à proximité, ou est distribuée par l’intermédiaire de réseaux de chaleur. |
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Une ressource abondante et continueDisponible partout, toute l’année, de jour comme de nuit, sans intermittence à la différence des panneaux solaires. |
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Un impact carbone très faibleSelon l’ADEME (Agence de la transition écologique), la géothermie de surface émet en moyenne moins de 45 gCO₂e par kWh de chaleur, émissions liées surtout à l’électricité consommée par la pompe à chaleur. À titre de comparaison, le chauffage au gaz émet environ 220 gCO₂e/kWh, et le fioul autour de 325 gCO₂e/kWh. |
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Une discrétion totale, sans nuisancesUne fois les travaux de forage réalisés, les équipements sont invisibles et silencieux. |
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Une performance énergétique optimaleEn géothermie de surface, une pompe à chaleur géothermique peut produire jusqu’à 4,5 kWh de chaleur pour 1 kWh d’électricité consommé. En géothermie profonde, l’énergie géothermique est valorisée sans recours à une pompe à chaleur, avec une très grande efficacité. |
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Une solution économique à long termeLe coût du kWh géothermique figure parmi les plus bas du marché, avec une forte stabilité du prix dans le temps. |
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Une technologie mature et éprouvéeEn Île-de-France, certaines installations de géothermie profonde fonctionnent depuis plus de 40 ans. |
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Un levier fort de réduction de la dépendance énergétiqueLa géothermie contribue à réduire les importations d’énergie fossile, comme le gaz ou le fioul. |
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Un soutien affirmé des pouvoirs publicsElle s’inscrit dans la Stratégie nationale bas–carbone (SNBC) et bénéficie de nombreux dispositifs d’aides financières, comme les Certificats d’économies d’énergie (CEE). |
Comprendre les usages de la géothermie : chauffage et électricité
La température du sous-sol augmente en moyenne de 3,3 °C tous les 100 mètres en France, avec de fortes variations locales. Ce gradient géothermal conditionne les usages possibles.
On distingue 2 grandes approches : la géothermie de surface et la géothermie profonde, chacune regroupant plusieurs niveaux d’énergie adaptés à des usages distincts.
Géothermie profonde : capter la chaleur à grande profondeur
La géothermie profonde repose sur des forages supérieurs à 200 mètres, permettant de récupérer la chaleur des aquifères naturellement chauds. L’eau souterraine est pompée, sa chaleur valorisée, puis réinjectée dans le sous-sol afin de préserver l’équilibre de la ressource géothermique.
Principales utilisations
- Réseaux de chaleur urbains.
- Chauffage collectif (logements, tertiaire, équipements publics).
- Serres agricoles, pisciculture, thermalisme.
- Production d’électricité (au-delà de 100–150 °C).
Avec un rendement énergétique remarquable, certaines installations produisent plus de 20 kWh de chaleur pour 1 kWh électrique consommé.
Géothermie de haute énergie (> 150 °C)
La géothermie de haute énergie exploite des réservoirs géothermiques dépassant 150 °C, présents dans des zones à fort gradient géothermique ou d’origine volcanique.
L’eau géothermale, souvent sous pression, est extraite par forage profond, souvent à plus de 1 500 ou 2 000 m. Elle contient une part de vapeur qui entraîne une turbine couplée à un alternateur, permettant une production directe d’électricité (système de la cogénération). La chaleur résiduelle peut être récupérée pour alimenter des réseaux de chaleur ou pour des usages industriels.
La France dispose de sites géothermiques emblématiques, comme celle de Soultz-sous-Forêts en Alsace et en Guadeloupe sur le site volcanique de Bouillante. Cette centrale produit jusqu’à 110 GWh d’électricité par an, couvrant environ 5 à 6 % de la consommation électrique de l’île.
Géothermie de moyenne et basse énergie (30 à 150 °C)
La géothermie de moyenne et basse énergie exploite des eaux souterraines dont la température se situe entre 30 et 150 °C. Elle constitue aujourd’hui le principal usage de la géothermie en France métropolitaine.
Ces ressources sont captées par des forages profonds, souvent entre 500 et 2 000 m, au sein d’aquifères géothermiques. L’eau chaude extraite cède sa chaleur à un échangeur, puis est réinjectée dans le sous-sol par le biais d’un second forage distant de plusieurs centaines de mètres, selon le principe du doublet géothermique.
Les calories prélevées sont valorisées au sein de réseaux de chaleur urbains, dédiés au chauffage et à la production d’eau chaude sanitaire pour l’habitat, les équipements publics et les bâtiments tertiaires. Un seul réseau peut desservir plusieurs milliers de bâtiments sur un périmètre de quelques kilomètres.
En Île-de-France, dans le bassin parisien, la géothermie profonde représente une part significative de la consommation finale de chaleur. Certaines installations mises en service dans les années 1980 fonctionnent toujours, preuve de la maturité de la filière.
Géothermie de surface : la solution des pompes à chaleur
La géothermie de surface, aussi appelée géothermie de très basse énergie, capte la chaleur du sous-sol à faible profondeur, jusqu’à une centaine de mètres. À ces niveaux, la température du sol se situe le plus souvent entre 10 et 15 °C.
À cette température, il n’est pas possible de chauffer un bâtiment. Mais, elle constitue une source thermique stable et continue, idéale pour le fonctionnement d’une pompe à chaleur géothermique.
Principaux usages
- Maisons individuelles, en construction neuve ou rénovation à basse consommation d’énergie.
- Petits collectifs résidentiels.
- Bâtiments tertiaires.
La stabilité thermique du sous-sol permet à la PAC géothermique d’afficher un SCOP (coefficient de performance saisonnier) moyen compris entre 4 et 5 toute l’année. En pratique, cela signifie que 1 kWh d’électricité consommé permet de produire 4 à 5 kWh de chaleur utile sur l’ensemble de la saison de chauffe.
Les modes de captage de la chaleur géothermique
Selon la configuration du terrain et les caractéristiques du sol, la chaleur géothermique peut être prélevée de plusieurs façons :
- capteurs horizontaux, enterrés à faible profondeur, en général entre 0,8 et 1,5 m, sur une surface importante autour du bâtiment ;
- corbeilles géothermiques (échangeurs compacts en forme de spirale), implantées à faible profondeur, autour de 3 à 5 m, lorsque la surface disponible est plus limitée ;
- sondes géothermiques verticales, installées par forage sur plusieurs dizaines, voire une centaine de mètres, avec une emprise au sol très faible ;
- captage sur nappe phréatique, par pompage et réinjection de l’eau souterraine, lorsque le contexte hydrogéologique s’y prête.
Comment fonctionne une pompe à chaleur géothermique ?
Dans les faits, une pompe à chaleur géothermique ne crée pas de chaleur. Elle la déplace du sous-sol vers le bâtiment grâce à son cycle thermodynamique. Cette transformation est rendue possible par l’écart de température entre le sol, utilisé comme source froide, et le circuit de chauffage, qui représente la source chaude.
Les grandes étapes du cycle thermodynamique
Le système s’articule autour de 4 étapes, formant un cycle fermé.
- Captation des calories du sol. Les capteurs géothermiques prélèvent la chaleur du sous-sol. Un fluide caloporteur la transporte jusqu’à l’échangeur de la pompe à chaleur.
- Évaporation du fluide frigorigène. En absorbant cette énergie dans l’évaporateur, le frigorigène change d’état : il passe de l’état liquide à gazeux.
- Compression et élévation de température. Le compresseur élève la pression du fluide gazeux. Sa température grimpe, permettant de couvrir les besoins en chauffage.
- Restitution de la chaleur au bâtiment. Dans le condenseur, le fluide cède sa chaleur au circuit de chauffage ou d’eau chaude sanitaire, puis revient à l’état liquide. Il passe enfin dans un détendeur pour abaisser sa pression, et recommencer un cycle.
Géocooling : rafraîchir sans climatisation
Certaines pompes à chaleur géothermiques permettent un rafraîchissement par le sol, appelé géocooling. Cette fonction utilise la température plus basse sous terre pour limiter la surchauffe du bâtiment en période estivale.
Dans sa forme la plus courante, le géocooling passif, le compresseur de la pompe à chaleur n’est pas sollicité. L’eau du circuit de chauffage circule entre le bâtiment et les capteurs géothermiques. La chaleur intérieure est transférée vers le sol (autour de 10 et 15 °C). La consommation électrique se limite alors aux circulateurs et au système de régulation.
Selon la configuration de l’installation, un géocooling actif peut aussi être mis en œuvre. Dans ce cas, le compresseur fonctionne de manière modérée afin d’amplifier l’effet de rafraîchissement. Ce mode permet d’atteindre une puissance frigorifique plus élevée, au prix d’une consommation électrique supérieure à celle du géocooling passif, mais inférieure à une climatisation classique.
Le géocooling assure un rafraîchissement doux, sans courant d’air, compatible avec les planchers chauffants réversibles et certains ventilo-convecteurs, sous réserve d’un pilotage précis pour éviter les phénomènes de condensation.
Quelle technologie de pompe à chaleur géothermique choisir ?
Pour une maison individuelle ou un petit collectif, le choix se concentre aujourd’hui sur 2 solutions : la PAC eau glycolée/eau et la PAC eau/eau (sur nappe phréatique). Les technologies sol/sol et sol/eau sont en effet désuètes en raison de leurs performances inférieures, des contraintes techniques et d’une évolution réglementaire moins favorable.
Comparatif des technologies de pompes à chaleur géothermiques.
| Technologie de PAC | Fonctionnement | Avantages | Inconvénients |
| Sol/sol (détente directe) | Circuit unique : le fluide frigorigène circule dans les capteurs enterrés, la PAC et le plancher chauffant | Implantation simplePeu d’échangeurs intermédiaires
Système compact |
Forte charge de fluide frigorigène (enjeu environnemental)Étanchéité délicate sur toute la longueur
Uniquement pour capteurs horizontaux + plancher chauffant Pas de géocooling |
| Sol/eau (PAC mixte) | 2 circuits : frigorigène entre capteurs et PAC, eau vers les émetteurs | Compatible radiateurs ou plancher chauffantMise en œuvre plus souple | Performances non optimalesPas de rafraîchissement passif
Maintenance plus complexe |
| Eau glycolée/eau (fluide intermédiaire) | 3 circuits indépendants :
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Adaptée à tous modes de captage (horizontal, vertical, corbeilles)SCOP performant
Géocooling possible Maintenance facilitée |
Investissement initial plus élevéDimensionnement et mise en œuvre plus exigeants |
| Eau/eau (nappe phréatique) | Prélèvement direct de l’eau souterraine, restitution après échange thermique | Rendement élevéGéocooling possible
Intéressant en tertiaire et projets collectifs |
Ressource en eau requiseDébit stable nécessaire (≈ 1 à 3 m³/h en résidentiel)
Cadre réglementaire plus strict |
Les conditions de réussite d’un projet géothermique
La réussite d’un projet géothermique passe par le respect de plusieurs prérequis techniques et réglementaires.
- Une étude de sol. La connaissance des formations géologiques, des aquifères, des températures et des profondeurs exploitables conditionne le choix du système et la pérennité de l’exploitation.
- Une étude thermique approfondie. Elle permet de caractériser les besoins réels du bâtiment, d’optimiser la puissance installée et de sécuriser la performance énergétique sur l’ensemble du cycle de vie.
- Un dimensionnement précis. Capteurs, sondes, pompes à chaleur et émetteurs doivent être adaptés aux usages pour limiter les surconsommations et l’usage prématuré du matériel.
- Le recours à un professionnel qualifié. L’intervention d’un installateur RGE (Reconnu garant de l’environnement) et d’un bureau d’études spécialisé sécurise l’installation, l’exploitation et l’accès aux aides financières.
- Une anticipation réglementaire. Déclarations, autorisations et règles liées au code minier ou à la géothermie de minime importance doivent être intégrées dès la conception du projet.
Comment les CEE peuvent-ils financer les travaux de géothermie ?
Les Certificats d’économies d’énergie (CEE) soutiennent le déploiement de la géothermie. Dans le tertiaire, plusieurs fiches d’opérations standardisées sont ainsi mobilisables.
- BAT-TH-162 : installation d’un système géothermique en bâtiment tertiaire existant.
- BAT-TH-164 : pose d’une pompe à chaleur géothermique collective (de type PAC eau/eau ou eau glycolée/eau) pour le tertiaire et le résidentiel collectif.
- BAT-TH-127 : raccordement à un réseau de chaleur majoritairement alimenté par une ressource renouvelable, dont la géothermie profonde.
Le niveau d’aide varie en fonction de la technologie, de la puissance et de l’usage du système.
| Chez Sonergia, c’est notre cœur de métier : nous accompagnons les porteurs de projets de A à Z pour sécuriser les dossiers CEE, optimiser le montant des primes sur des projets souvent techniques comme la géothermie. |
| Ce qu’il faut retenir |
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Quelle est la différence entre géothermie de surface et géothermie profonde |
| La géothermie de surface capte la chaleur du sol à faible profondeur et l’utilise avec une pompe à chaleur pour le chauffage. La géothermie profonde exploite la chaleur terrestre à grande profondeur pour les réseaux de chaleur ou l’électricité, sans recours à une PAC. |
À partir de quelle profondeur parle-t-on de géothermie profonde ? |
| On parle de géothermie profonde à partir d’environ 200 mètres de profondeur, lorsque la chaleur du sous-sol est suffisante pour produire du chauffage collectif et de l’électricité. |
