Accueil » Nos actualités » Rénovation énergétique tertiaire : quels travaux engager ? 

Face aux décrets BACS et tertiaire, la rénovation énergétique de vos bâtiments tertiaires n’est plus une option, mais une obligation réglementaire. Reste à définir les travaux à prioriser pour optimiser la performance énergétique, sans compromettre l’exploitation du site. Isolation thermique, CVC, éclairage, pilotage… identifiez les bons leviers et activez-les dans le bon ordre. 

Grégory Beau
L’obligation réglementaire doit être transformée en opportunités en fonction des besoins de chacun (décarbonation, réduction des coûts énergétique, valorisation du patrimoine, confort thermique des occupants …)

Pourquoi mener des travaux de rénovation dans le tertiaire ? 

La rénovation répond à des enjeux de réduction des consommations énergétiques et d’amélioration de l’impact environnemental du bâti ancien. Or, selon l’ADEME, les locaux à usage tertiaire représentent près de 975 millions de m² en France et mobilisent plus d’un tiers de l’énergie consommée par le secteur du bâtiment. 

Ce poids explique le ciblage de ce parc par le dispositif Éco Énergie Tertiaire (EET), issu du décret tertiaire, qui concentre l’effort réglementaire là où les gains liés aux travaux sont les plus significatifs. Sont concernés tous les bâtiments tertiaires dont la surface d’activité cumulée atteint au moins 1 000 m² : bureaux, commerces, établissements de santé ou d’enseignement, hôtels et entrepôts. 

En pratique, entreprendre des travaux de rénovation dans le tertiaire devient donc indispensable pour : 

  • limiter les déperditions thermiques et les émissions de CO₂ ; 
  • renforcer l’efficacité des systèmes de chauffage, de climatisation, de ventilation et d’éclairage ; 
  • adapter le fonctionnement des locaux en fonction des besoins réels, grâce à la régulation et au pilotage ; 
  • maîtriser les dépenses liées à l’énergie et sécuriser l’exploitation des sites ; 
  • inscrire le patrimoine dans une trajectoire de sobriété énergétique, compatible avec votre activité. 

Lots techniques du tertiaire : travaux d’efficacité énergétique 

Tout bon projet d’efficacité énergétique débute par la hiérarchisation des travaux, basée sur une étude thermique, l’analyse des usages et l’état des équipements existants. 

Enveloppe du bâtiment : réduire les besoins à la source 

L’isolation thermique conditionne les besoins en chauffage du bâtiment et le confort des usagers. 

Les actions se priorisent comme suit : 

  1. Toitures et terrasses, souvent le premier poste de pertes de chaleur. 
  2. Murs extérieurs et parois sur locaux non chauffés (LNC), avec un arbitrage entre isolation thermique par l’intérieur (ITI) et par l’extérieur (ITE), selon l’occupation des locaux et le phasage des opérations. 
  3. Planchers bas sur l’extérieur, LNC ou parkings. 
  4. Menuiseries extérieures, pour les façades les plus exposées dans les zones occupées. 

Chauffage et climatisation : chauffer moins, décarboner plus 

Schéma ADEME illustrant les leviers d’optimisation du chauffage dans un bâtiment tertiaire : isolation, PAC, régulation, déstratification et GTB

Une fois les besoins réduits, l’enjeu porte sur la décarbonation des usages énergétiques, en particulier le chauffage et le froid, principales consommations du secteur tertiaire. 

Elle s’opère par : 

  • le remplacement des générateurs anciens, par des solutions bas-carbone, comme les pompes à chaleur aérothermiques (PAC air/air ou air/eau), géothermiques (PAC eau/eau) ou chaufferies biomasse (granulés, plaquettes) ; 
  • le raccordement à un réseau de chaleur lorsqu’il valorise des énergies renouvelables ou de récupération ; 
  • l’optimisation des réseaux de distribution (équilibrage, calorifugeage) ; 
  • l’adaptation des émetteurs de chaleur, avec un fonctionnement en basse température et une régulation thermique cohérente avec l’occupation des locaux ; 
  • la pérennité de la performance, assurée par un entretien régulier et une sensibilisation des équipes aux économies d’énergie. 

Dans les bâtiments tertiaires, le chauffage et la climatisation concentrent une part majeure des consommations énergétiques. Lorsqu’ils sont correctement dimensionnés, régulés et intégrés dans une approche globale du CVC, ces systèmes deviennent de véritables leviers pour réduire durablement les dépenses d’énergie, améliorer le confort des occupants et répondre aux exigences réglementaires.

Ventilation : ventiler juste, sans surconsommer 

Complémentaire à l’isolation, la ventilation préserve la qualité de l’air intérieur et la santé des occupants. Mal conçue, elle génère des consommations continues et des désordres (condensation, moisissures ou inconfort thermique). 

Les principales interventions portent sur : 

  • l’installation d’une centrale de traitement d’air (CTA) performante, et bien dimensionnée ; 
  • la récupération de chaleur sur l’air extrait, à l’instar d’un système de ventilation double flux ; 
  • la modulation des débits selon l’occupation effective, par programmation horaire ou sondes CO₂ ; 
  • la déstratification de l’air des locaux de grande hauteur, à l’aide de déstratificateurs, pour réduire les écarts de température et les besoins de chauffage ; 
  • la reprise, l’étanchéité et l’équilibrage des réseaux aérauliques, pour une diffusion homogène de l’air avec des pertes de charge maîtrisées. 

Éclairage et électricité : baisse des consommations sans contrainte 

L’éclairage et l’électricité spécifique représentent un gisement rapide d’économies, avec des travaux peu intrusifs et un impact immédiat sur votre consommation électrique. 

Envisagez : 

  • le passage en LED, en limitant l’éblouissement et les reflets sur la signalétique ; 
  • la gestion automatique de l’éclairage, par détection de présence et prise en compte de la lumière naturelle ; 
  • le zonage et la gradation, par espace et par activité (bureaux, circulations, sanitaires, parkings), avec scénarios et abaissement progressif plutôt qu’un tout ou rien ; 
  • le pilotage communicant de l’éclairage, interopérable avec la Gestion Technique du Bâtiment (GTB). 

Eau chaude sanitaire : les gestes éco ! 

Dans le tertiaire, l’eau chaude sanitaire (ECS) concerne surtout les sites à forts besoins : hôtellerie, restauration, santé, enseignement, équipements sportifs et vestiaires. 

À étudier et à prévoir : 

  • le schéma de production (centralisée ou décentralisée, instantanée ou à accumulation) ; 
  • l’isolation du ballon et le calorifugeage des canalisations ; 
  • le réglage des températures, 55 à 60 °C au départ réseau, 50 à 55 °C au puisage, > 50 °C au retour de boucle ; 
  • le recours à des solutions écologiques, comme les chauffe-eau thermodynamiques ou le solaire thermique, si la configuration s’y prête ; 
  • une régulation calée sur l’occupation, avec une programmation horaire, pour produire l’eau chaude aux périodes utiles ; 
  • un suivi d’exploitation, avec un cahier d’entretien et une maintenance planifiée pour maintenir l’efficacité énergétique à long terme. 

Gestion technique du bâtiment : piloter les usages 

La GTB (Gestion Technique du Bâtiment) traduit vos travaux de rénovation énergétique en résultats concrets et mesurables. Elle pilote plusieurs équipements du bâtiment et met à disposition les données nécessaires au suivi de la performance. 

Avec une GTB, vous disposez : 

  • de comptages et sous-comptages par usage, pour suivre les consommations du chauffage, du froid, de l’éclairage, de l’ECS et des auxiliaires ; 
  • de capteurs et équipements connectés, associant des mesures fiables (température, CO₂, humidité) et des actionneurs motorisés pour réguler par zone ; 
  • d’une coordination entre lots, pour synchroniser les horaires, les consignes et les scénarios d’occupation entre les différents systèmes ; 
  • d’outils de supervision, avec historisation des données, courbes de tendance et tableaux de bord pour analyser les dérives et les gains ; 
  • d’alertes d’exploitation, pour assurer une maintenance prédictive et détecter les anomalies ; 
  • d’une mise en service encadrée, incluant réglages, tests fonctionnels, formation des équipes et suivi.

Structurer la rénovation énergétique de votre bâtiment tertiaire 

Une rénovation énergétique tertiaire performante se prépare avant les travaux. Pour cadrer votre projet, suivez ces étapes ! 

  • Définir le périmètre : surfaces, usages, multi-occupation, année de référence, responsabilité propriétaire/occupant. 
  • Fiabiliser les données d’énergie : factures, relevés, contrats, périodes de chauffe, conditions d’occupation, changements d’usage. 
  • Réaliser un audit énergétique : visite technique, état de l’enveloppe, des systèmes, des régulations, confort perçu, points faibles et atouts du site. 
  • Bâtir des scénarios de travaux : actions rapides, priorisation par usage et par lot, avec coûts, gains attendus et impacts sur l’exploitation. 
  • Planifier le phasage : interventions compatibles avec l’activité, la sécurité et la continuité de service. 
  • Impliquer l’exploitant : contrat d’exploitation, réglages et conduite d’installation. 
  • Soigner la réception : tests, ajustements et suivi pour ancrer les économies d’énergie dans la durée. 
Bon à savoir Les sites assujettis au dispositif Éco Énergie Tertiaire doivent suivre et déclarer chaque année leurs consommations sur la plateforme OPERAT de l’ADEME. 

Comment les CEE aident à financer vos travaux tertiaires ? 

Les Certificats d’économies d’énergie (CEE) vous permettent de réduire le coût de vos travaux de rénovation énergétique dans les bâtiments tertiaires.

Les étapes pour bénéficier d’une prime CEE 

  • Identifiez une opération éligible, en vous appuyant sur une fiche CEE-BAT adaptée à votre projet. 
  • Faites établir les devis, sans les signer et sans émettre d’ordre de service. 
  • Déposez votre demande de prime CEE avant le démarrage des travaux. 
  • Réalisez les travaux dans le respect strict des exigences techniques de la fiche CEE. 
  • Transmettez l’ensemble des pièces justificatives : devis, factures, attestations sur l’honneur, fiches techniques et photos avant/après travaux. 

Une fois votre dossier complet et validé, la prime CEE est versée sous un délai moyen de 3 à 4 semaines. 

Bon à savoir Selon la nature de votre projet, d’autres aides financières peuvent compléter la prime CEE, notamment des subventions de l’ADEME ou des solutions de financement avantageuses. 
Ce qu’il faut retenir 
  • Dans le secteur tertiaire, la rénovation énergétique est une obligation réglementaire, portée par les décrets BACS et tertiaire, pour réduire la consommation d’énergie et l’impact climatique des bâtiments de plus de 1 000 m². 
  • Les travaux doivent être hiérarchisés par lot technique, en commençant par l’enveloppe, puis les systèmes et équipements (chauffage, froid, ventilation, éclairage, ECS). 
  • La performance repose autant sur la technique que sur le pilotage, grâce à la régulation et à la GTB. 
  • Une méthode structurée, avec étude préalable, est indispensable pour mener à bien votre projet. 

 

Comment financer la rénovation énergétique dans le tertiaire ?

Dans le tertiaire, le financement de la rénovation énergétique combine souvent CEE, aides publiques (État, collectivités) et prêts dédiés. Selon le projet, un tiers-financement ou un contrat de performance énergétique (CPE) complète votre investissement, après diagnostic ou audit énergétique.

Les informations fournies dans cet article sont données à titre indicatif et n’ont pas de valeur réglementaire ou contractuelle.

Pour aller plus loin et rester informé