Pourquoi sortir du chauffage au gaz pour vos serres ?
Le chauffage de vos serres est un poste de dépense incontournable pour votre activité maraîchère ou horticole. Lorsqu’il repose entièrement sur le gaz, chaque hausse des prix se répercute directement sur vos coûts de production.
Une dépendance au gaz naturel
Selon le dossier de presse du plan d’électrification paru au printemps 2026, 80 % des serres sont chauffées au gaz naturel : 97 % en maraîchage et 44 % en horticulture. Pour réduire cette dépendance, le plan d’électrification consacre une mesure spécifique aux serres agricoles : la mesure 18. Son objectif est d’équiper de pompes à chaleur 400 hectares de serres d’ici à 2030, soit 20 % du potentiel identifié.
Un contexte de prix instable
Le prix du gaz est en constante évolution. Mais depuis le printemps 2026, il connaît une envolée sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. L’utilisation massive du gaz naturel pèse donc de plus en plus sur la rentabilité de votre production maraîchère ou horticole. La solution pour y remédier consiste à électrifier, c’est pourquoi le gouvernement a lancé un grand plan, assorti de mesures concrètes soutenues par le dispositif CEE.
La pompe à chaleur : une solution compétitive pour le chauffage des serres
La pompe à chaleur est une solution de chauffage qui exploite une énergie renouvelable associée à de l’électricité. Voici son fonctionnement et ses avantages pour le chauffage d’une serre agricole.
Le fonctionnement d’une PAC air-eau en serre
La pompe à chaleur air-eau tire son énergie des calories présentes dans l’air extérieur grâce à un fluide frigorigène. Un compresseur électrique élève ensuite la température, puis transfère la chaleur à l’eau du réseau hydraulique de la serre.
Sa performance s’exprime par le coefficient de performance (COP). Ce coefficient rend compte de la quantité de chaleur produite pour 1 kWh d’électricité consommé. À titre de repère, le projet de fiche CEE exige un COP d’au moins 3,4 pour les PAC de plus de 400 kW. Une telle PAC produira donc 3,4 kWh de chaleur pour 1 kWh d’électricité consommé, dans des conditions d’essai normalisées.
Les avantages d’une PAC air-eau pour une activité agricole
En comparaison au gaz, l’utilisation d’électricité pour le fonctionnement d’une PAC peut vous apporter 3 principaux bénéfices : compétitivité, flexibilité, sobriété énergétique.
- Une maîtrise des coûts énergétiques: en remplaçant le gaz naturel par l’électricité, vous chauffez vos serres avec une énergie produite en France et décarbonée (grâce au nucléaire). Le plan d’électrification prévoit aussi de proposer des contrats d’électricité de long terme (sur 8 à 10 ans) pour vous donner de la visibilité sur les coûts énergétiques et vous encourager à franchir le pas.
- Une production de chaleur plus flexible : lorsqu’elle est installée avec un ballon de stockage classique ou de type open buffer, la PAC permet de produire de l’énergie aux heures où l’électricité est la moins chère. Par exemple, le ballon peut emmagasiner la chaleur en journée pour la restituer la nuit.
- Une empreinte carbone réduite : l’utilisation de la PAC pour le chauffage de serres permet de réduire les émissions de CO₂ liées à la combustion d’une énergie fossile. Une démarche qui va dans le sens des exigences de la filière : en agriculture biologique, l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité) a fixé le passage des serres chauffées aux énergies renouvelables à horizon 2030.
AGRI-TH-108 : une fiche CEE révisée pour vous aider à financer votre PAC
La fiche d’opération standardisée AGRI-TH-108 n’est pas une nouveauté mais devrait être révisée en profondeur très prochainement. Un projet d’arrêté est en cours : il devrait être publié au Journal officiel dans les semaines à venir pour introduire ces changements. Il s’appliquerait aux opérations engagées avant le 1er octobre 2031. Voici son contenu, susceptible d’évoluer…
Les évolutions entre la fiche AGRI-TH-108 actuelle et celle à venir
| Fiche actuelle | Fiche révisée | |
| Équipements éligibles | PAC air-eau ou eau-eau, sans puissance minimale | PAC air-eau d’au moins 300 kW |
| Électrification | PAC en relève de chaudière haute performance exclue | Électrification totale du chauffage, hybridation exclue |
| Prérequis techniques | Aucun | Isolation de la couverture, étude de dimensionnement, ballon de stockage piloté, gestion climatique |
| Forfait (kWh cumac/m²) | Maraîchage : 780-1040 Horticulture : 370-490 |
Maraîchage : 2600-2900 Horticulture : 1200-1400 |
| Contrôle | Pas systématique | 100 % des opérations contrôlées sur site |
Pour résumer, 3 évolutions méritent votre attention :
- la revalorisation des forfaits, quasiment multipliés par 3 ;
- le plafonnement des surfaces, avantageux en maraîchage et moins en horticulture ;
- le renforcement du cadre réglementaire: conditions d’accès et contrôles.
Les conditions d’éligibilité selon le projet d’arrêté
La fiche CEE AGRI-TH-108 concerne les serres maraîchères et horticoles neuves ou existantes. Elle soutient le remplacement total des chaudières à combustible destinées au chauffage des serres, mais aussi la création d’un site chauffé ou l’extension d’un site existant.
Selon la fiche CEE, une serre chauffée est une serre équipée d’un réseau hydraulique de chauffage. Entre novembre et avril, sa température de consigne doit atteindre au moins 12° C pour les tomates et les concombres, et 8° C pour les autres cultures.
La PAC installée doit répondre à un niveau de performance minimal :
- PAC de 400 kW ou moins: efficacité énergétique saisonnière (ETAS) d’au moins 111 % en moyenne ou haute température, et d’au moins 126 % en basse température ;
- PAC de plus de 400 kW: coefficient de performance (COP) d’au moins 3,4 mesuré selon la norme EN 14511-2 pour une eau à 35° C.
Une chaudière à combustible peut être conservée uniquement comme équipement de secours, selon des conditions strictes :
- elle est consignée selon une procédure écrite (vannes, alimentation en combustible et alimentation électrique condamnées) ;
- elle ne fonctionne qu’en cas d’indisponibilité de la PAC, dans la limite de 500 heures par an, mesurées par un compteur dédié ;
- sa consommation annuelle ne dépasse pas 12 % de celle de la PAC.
Le nouveau mode de calcul de la prime CEE
Le volume de CEE se calcule en multipliant un forfait par m² de serre chauffée par la surface valorisable (Smin) :
| Performance | Serre maraîchère | Serre horticole | |
| PAC 400 kW ou moins | 111 % ≤ ETAS < 140 % | 2 600 kWh c/m² | 1 200 kWh c/m² |
| PAC 400 kW ou moins | ETAS ≥ 140 % | 2 900 kWh c/m² | 1 400 kWh c/m² |
| PAC plus de 400 kW | 3,4 ≤ COP < 4 | 2 700 kWh c/m² | 1 300 kWh c/m² |
| PAC plus de 400 kW | COP ≥ 4 | 2 800 kWh c/m² | 1 300 kWh c/m² |
La surface valorisable (Smin) est la plus petite des 2 valeurs suivantes : la surface réellement chauffée, ou la puissance installée multipliée par 20 m²/kW (maraîchage) ou 18 m²/kW (horticulture). Ce plafond vise à limiter les risques de surdimensionnement.
Prenons l’exemple d’une serre maraîchère de 8 000 m² chauffée par 2 PAC de 450 kW chacune avec un COP de 4,1 :
- surface réellement chauffée : 8 000 m² ;
- puissance installée : 900 kW (soit un plafond de 18 000 m²) ;
- surface valorisable : 8 000 m².
- volume de CEE : 2 800 x 8 000 = 22,4 GWh cumac.
Selon le rapport de présentation du projet d’arrêté, la prime CEE représenterait en moyenne 130 000 € pour une installation type couvrant 8 000 m², soit près de 32 % des coûts d’investissement.
Cette révision va dans le bon sens : les forfaits sont nettement revalorisés et le contrôle systématique sécurise la qualité des opérations. Mais en imposant 300 kW minimum par PAC et une électrification totale, la fiche s’adresse d’abord aux grandes exploitations.
Florence, responsable des affaires publiques
Comment passer du chauffage au gaz à la PAC pour une serre ?
Le passage du chauffage au gaz à la pompe à chaleur demande quelques adaptations de la serre. Voici les 5 étapes qui conditionnent la réussite de votre projet, et qui reprennent les exigences du projet de fiche CEE AGRI-TH-108.
Étape 1 : isoler la serre
Si votre serre est correctement isolée, elle sera plus facile à chauffer et nécessitera une puissance de PAC moindre. Le projet de fiche impose ainsi une isolation minimale de la couverture, au moyen de l’une des solutions suivantes : double paroi gonflable, double vitrage, double paroi verre-ETFE, double paroi ETFE (éthylène tétrafluoroéthylène), paroi polycarbonate alvéolaire, simple paroi verre à faible émissivité ou écran thermique.
Étape 2 : dimensionner l’installation
L’étude de dimensionnement est un prérequis pour bénéficier des CEE dans le cadre d’une installation de PAC. Véritable socle de votre projet, elle vous permet d’établir :
- les caractéristiques des blocs de serre (surface chauffée, types d’émetteurs) ;
- les déperditions thermiques de jour et de nuit calculées pour la température extérieure de base et les consignes de culture ;
- la puissance thermique nécessaire et celle fournie par la PAC ;
- le taux de couverture annuel des besoins par la PAC ;
- le volume du ballon de stockage.
Étape 3 : adapter le réseau de chauffage à la basse température
Votre réseau de serres a été conçu pour des chaudières à haute température (proche de 80° C) ? L’installation d’une PAC à haute température reste possible mais elle n’est pas la plus efficace, ni la plus sobre sur le plan énergétique. Si vous souhaitez installer une pompe à chaleur à basse température, il vous faudra adapter votre réseau de chauffage.
Étape 4 : vérifier la puissance électrique disponible
Une PAC de serre fournit plusieurs centaines de kilowatts. Pour ce faire, elle appelle une puissance électrique importante : environ 90 kW si la PAC a une puissance de 300 kW. Le raccordement électrique de votre site devient un point crucial. L’étude de dimensionnement vous permettra de connaître l’état des puissances électriques avant et après travaux. Vous pourrez donc savoir en amont si une augmentation est nécessaire.
Étape 5 : intégrer le stockage et le pilotage climatique
Le ballon de stockage doit permettre au moins une heure de stockage. Il est piloté par l’ordinateur climatique et doté de capteurs indiquant son niveau de remplissage, en pourcentage. L’ordinateur climatique, équipé d’une station météorologique, mesure également la température extérieure, le rayonnement solaire et la vitesse du vent pour ajuster l’utilisation du ballon de stockage et la gestion des ouvrants de la serre.
La réussite d’un projet de PAC appliquée à une serre agricole se joue dans les premières étapes. L’isolation de la couverture, la température du réseau hydraulique et la capacité de stockage sont des paramètres déterminants. Ils conditionnent la puissance à installer et la performance obtenue. L’étude de dimensionnement permet justement de trouver la meilleure imbrication entre tous ces paramètres.
Grégory, ingénieur efficacité énergétique
Sonergia vous accompagne dans votre projet de PAC pour serres agricoles
Vous envisagez de remplacer vos chaudières à gaz par une pompe à chaleur ? Pour garantir la conformité de votre dossier et l’obtention de votre prime CEE, notre accompagnement technique et financier peut faire la différence. En tant que délégataire CEE, nous garantissons la conformité de votre dossier et le versement de votre prime.
- vérifier l’éligibilité de votre projet à la fiche AGRI-TH-108 révisée ;
- sécuriser les pièces administratives exigées ;
- évaluer et optimiser le montant de votre prime CEE ;
- constituer votre dossier et assurer son suivi jusqu’au paiement.
| PAC pour serres agricoles et CEE en bref |
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Nos réponses à vos questions
Une pompe à chaleur peut-elle chauffer seule une serre de tomates en hiver ? |
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Oui, et c’est tout l’enjeu de la fiche CEE AGRI-TH-108 qui encourage l’électrification totale de la serre. La PAC doit être dimensionnée pour maintenir une température de consigne de 12° C minimum pour les tomates. Un équipement de secours reste toutefois autorisé en cas d’indisponibilité temporaire de la pompe à chaleur. |
Est-il possible de conserver une chaudière gaz après l’installation d’une PAC ? |
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Oui, à condition qu’elle soit conservée en tant qu’équipement de secours. Elle doit être consignée et ne fonctionner qu’en cas d’indisponibilité de la PAC, dans la limite de 500 heures par an. Sa consommation ne peut pas dépasser 12 % de celle du système de PAC. |
À partir de quelle température une serre est-elle considérée comme chauffée ? |
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D’après la fiche CEE AGRI-TH-108, une serre chauffée est une serre qui dispose d’un réseau hydraulique de chauffage. Entre novembre et avril, sa température de consigne doit atteindre au moins 12° C pour les tomates et concombres, et au moins 8° C pour les autres cultures. |
Les PAC hybrides ou eau-eau sont-elles éligibles à la prime CEE ? |
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C’est le cas pour la fiche actuellement en vigueur mais pas pour la fiche révisée. Le projet d’arrêté réserve l’aide CEE aux pompes à chaleur air-eau d’au moins 300 kW. Les PAC hybrides sont exclues, tout comme les PAC eau-eau. |
Quand est-ce que la nouvelle fiche AGRI-TH-108 entrera en vigueur ? |
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Le projet d’arrêté est actuellement soumis à consultation publique. Il entrera en vigueur au lendemain de sa publication au Journal officiel, à une date qui n’est pas encore connue. La fiche s’appliquera alors aux opérations engagées à partir de cette date et jusqu’au 30 septembre 2031. |
Sources
